Un chef de parti en partenariat serré avec le pouvoir vient de raconter l’histoire de l’opposition guinéenne. Elle serait tout simplement une histoire «d’egos démesurés».

Dans les années 90 du vingtième siècle, la scène était solennellement animée par des Guinéens de haute dimension: Ba Mamadou Banque Mondiale connu pour sa fierté légendaire, Siradiou Diallo, l’ancien et célèbre journaliste de Jeune Afrique et Alpha Condé, l’opposant historique. Jean Marie Doré usait de son vocabulaire et de son verbe pour démontrer qu’il en occupait le centre.

Tous cherchaient à accéder à la magistrature suprême de leur pays. Face à eux, un homme tranquille les regardait de très haut, le Général Lansana Conté, régnant sans partage sur la Guinée. Sidya Touré, le conteur de la scène, dit être venu au milieu de ces «fiertés» et avait de la peine à réunir ses aînés opposants «ne serait-ce qu’une fois par mois» surtout qu’il venait de sortir «amicalement» de l’exercice difficile de «ton pied, mon pied» avec son patron de militaire.

A ce moment-là, un autre opposant, devenu plus tard et malgré tout, chef de file de l’opposition était, lui, au gouvernement. Ce statut conquis et ce passé mérité de Cellou Dalein Diallo aurait sérieusement heurté l’ego lui aussi démesuré de l’opposant nuancé rallié à l’opposant historique et actuel Président de la République.

Pour l’ancien patron du chef de file de l’opposition, il est très difficile de digérer que son ancien collaborateur devienne son patron et se permette même de «bomber la poitrine» en affichant de surcroit, son passé de cadre brillant de la République. Une sorte d’ego aux ambitions anormalement démesurées! C’est ce paquet de choses invraisemblables qui auraient décidé le patron devenu collaborateur à quitter le généreux chef de file et accepter le statut honorifique de Haut Représentant du chef de l’Etat.

Un statut qui, s’est-il rendu compte avec amertume, ne lui apporte absolument rien et serait plutôt une clé d’accès à un Président qui, presqu’au-dessus de la mêlée, devenait de plus en plus inaccessible. Cette position frustrante a pu être source de susceptibilités diverses et faciles. De quoi blesser bien d’egos fragiles aux alliances politiques inconsistantes.

C’est dans ce contexte et depuis peu que l’UFDG, la formation politique du chef de File de l’opposition osa organiser un meeting à la commune de Matam, le fief supposé de l’UFR, le parti du Haut Représentant. Des échauffourées entre militants des deux bords marquèrent malheureusement la rencontre pour finir dans un apaisement précédé de vives protestations puis de légers regrets. La réaction opposée à l’offense de l’ancien allié aura été aussi démesurée que l’ego qui l’a dictée. Ce fut un tintamarre pour rien. Et il n’y a eu ni écho ni solidarité du côté des autres opposants présents ou non au parlement. Qu’un opposant «sortant» de l’opposition républicaine affronte démesurément le Chef commun pourrait faire leur affaire surtout si cette bataille au sommet de leur mouvance prenait l’allure de volonté de destruction mutuelle.

Quelques mois plus tard et pour des objectifs presque similaires, le chef de l’opposition organise une traversée en Guinée Forestière et en Haute Guinée, deux régions – fiefs aux contours indéfinis que nombre de politiciens aux électorats restreints prennent pour leurs «territoires». Là, les protestations sont venues en chœur à cause, parait-il, des foules mobilisées. Pourtant, «foules» est un mot délicieux en politique mais «ne veut pas forcément dire militants pour un parti politique» s’est empressé de préciser un ancien Premier Ministre guinéen auto-exilé à Paris. C’est le Chargé de communication de son parti qui a trouvé l’argument ayant servi de démarrage aux palabres : un budget est accordé à quelqu’un en vertu d’une Loi votée au parlement et sur la base d’exemples trouvés chez quelques démocraties voisines et ailleurs dans le monde.

Et les adjoints de partis politiques de toutes les micro-mouvances se sont aussitôt mis à lancer des coups de poing au Chef de file de l’opposition. Avec en toile de fond une jalousie violente. Un psychologue disait que la jalousie est entre autres, « une émotion de tonalité affective développant chez les sujets des sentiments de suspicion et de colère haineuse».

Il est à espérer qu’entre politiciens guinéens, il n’y ait pas de place pour la haine. Cependant, entre eux les soupçons ne manquent pas ! Aussi et de tous côtés on soupçonnerait Dalein d’envie excessive de développer un ego au volume inhabituel qui pourrait le mener à Sékhoutoureya. Ce qui parait inacceptable et devrait déjà susciter un gonflement soudain des egos chez nombre de ses adversaires. Ceux-ci se sont-ils trompés d’adversaire de circonstance, aveuglés qu’ils sont par de si larges fiefs nouvellement conquis par le chef-concurrent ?

En tout cas, cette visite dans le Toukoro et sur les rives du Djoliba s’est avérée fortement opportune pour réveiller les velléités de s’empêcher d’arriver au pouvoir au sein d’une opposition qui sait tellement se diviser au mauvais moment notamment pour perdre des élections.

A cet égard, le Haut Représentant est clair: son ego ne lui permet pas d’accompagner une troisième fois celui qui l’a aidé à avoir dix députés à l’Assemblée nationale. Le divorce est quasiment inévitable s’il n’est déjà consommé. Une telle occasion pourrait être propice au «politicien avisé» pour rebondir ou faire rebondir. On ne sait comment il va réagir tant on le sait imprévisible. Quelle que soit la stratégie choisie, mobiliser des alliés parmi les opposants «neutralisés», autour d’un objectif obscurément démesuré, serait une voie probable. Le choix prématuré d’un jeune poulain pour suppléer un mandat temporellement démesuré dérangerait sérieusement les espérances de succession au sein de la mouvance présidentielle.

Si jamais une telle option s’imposait, celui qui, hier, avait financé et soutenu politiquement l’opposant historique pourrait ne pas le suivre tant il avait vu son ego précocement dégonflé dès que son allié d’alors accéda au pouvoir en 2010. Ainsi va l’opposition guinéenne en relation avec le pouvoir en place et en rapport avec la conquête du pouvoir. Tous les candidats potentiels aux prochaines élections présidentielles, avisés ou non, sont avertis. L’intelligentsia guinéenne avec eux car toutes ses manœuvres sont faites de guerres d’egos démesurés. Le peuple mobilisé de Guinée préférerait que cette compétition mortelle d’egos soit plutôt investie dans l’amélioration de son bien-être. Qui de tous ces opposants opposés serait à même de tout basculer dans ce sens à partir de 2020?

Par Lamarana DIALLO

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