Maiduguri est la capitale de l’Etat de Borno, dans le nord-est du Nigeria.
Maiduguri est la capitale de l’Etat de Borno, dans le nord-est du Nigeria.
Crédits : STEFAN HEUNIS/AFP

Selon un mémo interne de l’ONU obtenu par l’AFP, « des rumeurs qui se sont propagées sur les réseaux sociaux concernant la présence supposée d’Abubakar Shekau », le chef de Boko Haram,dans le camp de base du Red Roof, au Nigeria, ont donné lieu à une « fouille illégale ». Le mémo invite les employés de l’ONU et des organisations humanitaires à la prudence, prévenant que « cette rumeur pourrait conduire à des manifestations contre la présence de l’ONU et des ONG ».

Les Nations unies se disent extrêmement inquiètes de cette « fouille illégale » qui aurait été menée dans la nuit de jeudi à vendredi par les forces de sécurité nigérianes dans ce lieu où sont basés une grande partie des employés de l’ONU et d’ONG internationales. Le camp de base en question se situe dans la ville de Maiduguri, dans le nord-est du pays, épicentre de la lutte contre le groupe djihadiste Boko Haram.

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« Nous sommes extrêmement inquiets », a expliqué à l’AFP Samantha Newport, porte-parole des Nations unies au Nigeria. « Cela peut mettre en danger le travail que nous réalisons », a-t-elle poursuivi, soulignant que « personne ne pouvait s’attendre à cela ». Une source anonyme au sein de l’ONU a estimé auprès de l’AFP que cette fouille, « contraire aux lois internationales », révèle « la méfiance [des autorités nigérianes] à l’égard de l’ONU et des ONG ».

Dans un communiqué publié vendredi 11 août, l’armée nigériane a confirmé l’envoi de militaires dans « une propriété qui a été ensuite indentifiée comme occupée par les Nations unies, bien que cette propriété ne porte aucun signe de l’ONU ». L’opération, conduite « pour intensifier le cordon de recherche contre Boko Haram », dont le Borno est le fief historique, a été un « succès », a déclaré le porte-parole militaire, Kingsley Samuel, « mais l’armée n’a procédé à aucune arrestation car aucun suspect n’a été trouvé ».

« Montrer qui est le chef »

Le conflit contre Boko Haram, qui a fait plus de 20 000 morts et 2,6 millions de déplacés dans la région du lac Tchad, a engendré l’une des plus graves crises humanitaires et alimentaires sur le continent africain. Maiduguri, qui accueille à elle seule près d’un million de déplacés du conflit avec Boko Haram, est aujourd’hui relativement calme et sécurisée.

La ville est devenue depuis 2016 la plaque tournante de l’aide humanitaire et le point de départ des missions menées dans le reste de l’Etat de Borno, encore peu accessible autrement que par hélicoptère. La forte présence d’employés de l’ONU et d’humanitaires a engendré une importante augmentation des prix, notamment de l’immobilier, et par ricochet un grand ressentiment de la population locale.

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D’autre part, « les relations entre l’armée nigériane et les organisations internationales ont toujours été compliquées », estime Yan St-Pierre, consultant en contre-terrorisme pour Modern Security Consulting Group. « L’armée et les services de renseignement se sentent menacés dans leur réputation par les organisations internationales, Amnesty Internatonal en tête, qui n’hésitent pas à critiquer leur travail et leur manière de gérer les conflits dans le pays », poursuit l’expert. « C’est perçu comme de l’ingérence dans les affaires de l’Etat ».

L’incident au camp de Red Roof est, selon lui, « une manière pour l’armée nigériane de montrer qui est le chef dans la région ».

En juillet déjà, à la suite d’une enquête, l’armée avait accusé les organisations humanitaires de n’avoir pas donné leur position dans le camp de déplacés de Rann, dans l’extrême nord-est du Nigeria, que des avions militaires avaient bombardé en janvier 2017, faisant plus de 100 morts et des centaines de blessés. Bruno Jochum, le directeur général de Médecins sans frontières, avait aussitôt réagi, qualifiant ces accusations de « choquantes ». « Toutes les activités des ONG sont organisées en totale transparence avec l’armée », avait-il déclaré.

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