La spécialité de M. Ye, ce sont les souvenirs. Dans la vitrine d’Étoile Souvenirs, sa minuscule boutique de la rue du Temple, à Paris, il y a des tours Eiffel incrustées de brillants, des mugs « I love Paris » et des bérets basques. Ces souvenirs-là, arrivés par conteneur de Shanghaï ou Canton, feront peut-être le trajet en sens inverse dans les valises des touristes chinois. La boutique ne paye pas de mine, dans ce petit coin de Marais semé de lanternes rouges, de vendeurs de fausses perles et de maroquiniers prospères. C’est pourtant une institution. La montagne de pacotille en devanture cache un trésor : la mémoire des Chinois de Paris.

Dans sa seconde vie, la seule qui vaut d’être vécue selon lui, Ye Xingqiu, 64 ans, grossiste depuis 1987, est Yi Ye, collectionneur d’histoires et auteur d’une dizaine de livres. Dès qu’il peut, il file à la Bibliothèque nationale de France (BNF), aux Archives nationales, dans les arrière-boutiques d’autres Chinois qui racontent un grand-père héros de la première guerre mondiale, exhument leurs photos de famille ou les archives d’un restaurant disparu. Depuis vingt ans, à l’étage de son échoppe, M. Ye rassemble les souvenirs de ses compatriotes pour reconstituer les aventures des Huaqiao, les Chinois d’outre-mer.

« On fait nos affaires en famille. Surtout pas d’emprunt à la banque. Et on ne dépense rien. Pas de loisirs, pas de restaurants, rien. » Ye Xingqiu

À ses heures volées au commerce, dans sa soupente encombrée de livres, photos, papiers, il peint à l’encre de délicats paysages inspirés des vieux maîtres chinois. Et il écrit, en mandarin. Son fils et associé Vincent, 35 ans, traduit en français. Après ses études de commerce, Ye junior, jeune homme à cheveux longs et baskets, a appris le mandarin à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) : « Si je voulais être un vrai Chinois, c’était nécessaire. Je ne connaissais que le dialecte du sud de mes parents. »

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