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Les paléogénéticiens soupçonnaient l'existence d'une espèce de bison éteinte à la fin du Pléistocène supérieur. Ils avaient baptisé cet hybride des aurochs et des bisons des steppes le « bison de Higgs ». En 2016, des études complémentaires semblent prouver qu'il a bien existé et qu'il est même représenté sur des peintures rupestres.

Article paru le 24 octobre 2016

Le présent est la clé du passé en géosciences mais il est tout aussi vrai que le passé est la clé du futur. C'est parce qu'ils cherchaient à mieux comprendre l'impact des changements climatiques sur les écosystèmes que des chercheurs se sont mis à étudier les restes de bisons ayant vécu durant le Pléistocène et l'Holocène. Pendant le Pléistocène supérieur, une période s'étendant d'environ -126.000 ans à -11.700 ans, les fossiles de bisons trouvés en Europe semblent attester de la présence d'une seule espèce, appelée bison des steppes (Bison priscus), qui vivait en compagnie de l'ancêtre de nos vaches, l'auroch (Bos primigenius).

Le passage du Pléistocène à l'Holocène s'accompagne de la disparition de la fameuse mégafaune des mammifères, et voit l'apparition d'une nouvelle espèce de bison, l'ancêtre direct des bisons d'Europe (Bison bonasus) alors que les bisons des steppes disparaissent, à l'exception de l'Amérique du Nord où ils vont donner naissance aux bisons américains.

Les peintures rupestres de Lascaux montrent clairement des aurochs, les ancêtres des vaches actuelles. On peut aussi y trouver des bisons. © cc by sa 3.0, Prof saxx

Les peintures rupestres de Lascaux montrent clairement des aurochs, les ancêtres des vaches actuelles. On peut aussi y trouver des bisons. © cc by sa 3.0, Prof saxx

Des bisons de Higgs sur les peintures rupestres

Or, l'analyse de l'ADN mitochondrial trouvé dans les os et les dents des fossiles de bisons avant ces extinctions a révélé que certains des restes fossiles semblaient appartenir à une espèce hybride inconnue, croisement de l'auroch et du bison des steppes. C'est déjà en soi une découverte surprenante car il est rare qu'une espèce apparaisse durablement par hybridation. Les études sur l'existence de cette nouvelle espèce insoupçonnée, et presque théorique, ont conduit les chercheurs, non sans humour, à la surnommer bison de Higgs, par analogie avec la quête du boson de Higgs.

Pour affermir cette découverte, et comme ils l'expliquent dans une publication dans Nature Communications, les membres d'une équipe internationale menée par des chercheurs de l'Australian Centre for Ancient DNA, ont finalement analysé l'ADN fossile de 64 individus extrait d'os et de dents découverts dans les montagnes de l'Oural, du Caucase et en Europe occidentale.

Mais surtout, ils se sont également tournés vers les préhistoriens qui, jusqu'à présent, avaient considéré les deux types de bisons représentés sur des peintures pariétales, telles celles des grottes de Lascaux, Chauvet-Pont d’Arc ou de Pergouset, comme de simples variations artistiques dépendant des cultures préhistoriques. Mais avec l'hypothèse que ces dessins sont ceux du bison des steppes et du bison de Higgs, bien des choses s'éclairent. En effet, le premier arborait de longues cornes et une grosse bosse alors que le second avait des cornes plus courtes et une bosse moins prononcée. On constate alors que selon les époques et les climats, l'une des espèces prédomine et qu'elle correspond aux dates des représentations dans les grottes.

Il semble donc que les deux espèces ne se côtoyaient pas vraiment, même si elles vivaient en même temps en Europe pendant le Pléistocène supérieur. Le bison de Higgs préférait un climat typique des périodes glaciaires alors que le bison des steppes prenait le dessus lors des interglaciaires plus chaudes.

Le bison de Higgs, tout comme le bison des steppes, a continué à évoluer pour donner le bison d'Europe. L'auroch, quant à lui, a disparu au XVIIe siècle.

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