Des manifestants brandissent des affiches à l’effigie de Nasser Zefzafi, le leader du mouvement de contestation, après son arrestation, lundi 29 mai 2017.

Crédits : FADEL SENNA/AFP

A la nuit tombée, Al-Hoceima semble passer de tranquille ville côtière du nord du Maroc à cité en état d’urgence. Pour le quatrième soir, lundi 29 mai, les manifestants du quartier de Sidi Abed, proche du centre-ville, font face à un impressionnant dispositif de forces antiémeutes et de policiers en civil. Des dizaines de fourgons quadrillent les rues, notamment l’artère principale de la ville, sous l’œil inquiet des habitants.

Des centaines de personnes – des hommes, mais aussi des femmes de tous âges, et quelques enfants – observent un peu en retrait le rassemblement, les yeux rivés vers l’entrée du quartier rebelle. Une atmosphère étrange dont chacun sait qu’elle peut à tout moment dégénérer. « On fait demi-tour parce que ça fait peur », reconnaît Sara, la trentaine, venue avec une cousine. « Regardez, il y a plus de policiers que de manifestants ! Des gens qui ne font que demander le respect de leurs droits », dit-elle dans un français hésitant, la voix étranglée par une colère froide, une incompréhension : « On veut seulement des hôpitaux, une université. Il n’y a rien ici, pas d’usine, pas de travail. » Sara elle-même a dû partir à Rabat, à quelque 400 km au sud-ouest, pour exercer son métier d’ingénieure. Un peu plus loin, une mère de famille, en djellaba et voile sombre, en a presque les larmes aux yeux : « Ça nous fait mal ce qu’ils font à nos enfants, les mettre en prison. »

En milieu de journée, les autorités ont annoncé avoir arrêté Nasser Zefzafi, 39 ans, le remuant leader du Hirak, le mouvement de contestation né à Al-Hoceima il y a six mois, après la mort tragique d’un jeune vendeur de poisson, Mouhcine Fikri. Le 28 octobre 2016, ce trentenaire avait été tué, happé par une benne à ordures, alors qu’il tentait d’empêcher la destruction de sa marchandise saisie par la police. Les manifestations avaient éclaté, nourries par un sentiment de frustration dans cette région enclavée de la côte…

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