Pour profiter de sa vieillesse à fond les ballons, deux options valables s’offraient à André Detais, 68 ans, Normand, ancien directeur commercial : 1- s’éclater dans la gadoue du côté de Lisieux, honorable bourgade à la pluviométrie prononcée, enchaîner la tournée des thés dansants et faire briller comme un sou neuf son imposant mobilier Empire avant d’envisager fatalement une retraite définitive dans le couvent le plus proche ; 2- jouer pour de vrai dans la parodie lusitanienne d’un clip de rap du troisième âge : gros plan sur sa Ferrari au bord de sa piscine d’un bleu très pur dans la chaleur qui ondule au ras du bitume avec Luisa, sa nouvelle amoureuse, accorte Angolaise toujours dans les parages, très dévouée à son Dédé favori, qui lui-même consacre beaucoup de soins à sa condition physique grâce à sa salle de musculation installée dans son garage à ouverture automatique, et s’enrouler ainsi autour de sa nouvelle vie comme une vis de plaisirs sans fin.

Que croyez-vous qu’André choisit ? André est un dépliant touristique à lui tout seul. Surtout si l’on aime les enfilades de villas dans des lotissements terriblement peu fréquentés, si l’on aime se sentir aussi alangui qu’à Miami ou à Malibu, si l’on aime le soleil qui tape comme un sourd, les apéros, le cochon de lait et le silence mélangé au bruit des grillons.

Finalement, à Azeitão, à une trentaine de kilomètres au sud de Lisbonne, à dix kilomètres des plages parmi les plus belles d’Europe, André – qui demande à intervalles réguliers « C’est cool, non ? » – ne s’est pas installé dans une maison de repos, mais dans un camp de vacances longue durée. Sur 850 m² de terrain et 250 m² de surface habitable. Sa nouvelle demeure correspond trait pour trait à l’idée qu’il se faisait du paradis immobilier. De plain-pied, de la lumière, un home cinéma, toutes les chaînes de la TNT comme en France, tout est blanc, tout est neuf, tout est propre. « J’ai payé ma villa 325 000 euros….

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